Le Livre de Mémoire

                    Partir de ce qui devient

Au fond d’un tiroir, jeté là par on ne sait qui, un carnet de deux cents pages au format 16x18 cm attendait de voir le jour. Il le sortit de cette cachette involontaire et le laissa traîner sur un coin de table pendant quelques semaines. Parfois il le prenait dans la main, le soupesait, l’évaluait, le feuilletait, l’interrogeait. Que faire de ce qui n’était pas encore un trésor et pourtant déjà enfoui ? Et puis une étrange monomanie imposa le besoin de remplir chacune des feuilles comme un arbre au printemps que la saison pousse à s’habiller. Besoin de laisser une trace, de répondre à l’appel d’un territoire vierge à conquérir, à ensemencer. Y mettre des mots ? Gageure qui permet à un projet de rester en l’état. A part la liste des courses, sa plume était bien pauvre. Et puis les mots trahissent les rêves. Les siens étaient féconds, nourrissants et sous une forme ou sous une autre occupaient une grande partie de sa vie. Et c’est cela qu’il avait à offrir. Des rêves, des images, des images-rêves, des images pour rêver. Il s’agissait aussi pour lui d’accomplir une sorte de rituel, un rite initiatique et peut-être à l’aide d’une écriture oubliée de retrouver des territoires perdus.


Une belle image
Une belle image
               Après tout, pensa-t-il, les lettres, les mots et les phrases sont d’abord des signes avant d’être porteurs de sens. Evoquer plutôt que dire est bien la tâche principale du peintre. Ce qu’il avait à exprimer serait certainement beaucoup plus sensé pour le lecteur  qu’une suite de lettres et de mots déjà mille fois utilisés et qui ne serait que redite. Une phrase de Boris Cyrulnik lui revenait en mémoire : « A l’œil nu, on ne voit que ce que l’on pense ». Aussi se proposa-t-il d’emmener le lecteur dans l’inconnu, d’abolir les références de lecture et que l’image remplace le texte, que les signes fassent sens. Aller du singe au signe.
L’Art calligraphique de l’Orient l’avait toujours autant fasciné par son graphisme qu’une partition de Bach. Ni l’accumulation des signes de la calligraphie ni les éclaboussures de taches noires sur une partition n’étaient lisibles pour lui mais pourtant, derrière ces deux écritures, il pouvait sentir la puissance et la richesse évocatrices du message. Une écriture où la raison se perd, mais où le cœur et la sensibilité trouvent l’écho.
Deux cents pages à remplir n’était pas une mince affaire et pourtant il sentait que ce rituel ne pouvait prendre sens qu’à condition d’accepter de remettre cent fois sur le métier. Dans un itinéraire de deux cents pas, il faut faire le premier et savoir que le deuxième ne sera pas une répétition mais une progression sur le chemin à découvrir. Si la répétition génère l’ennui dans certains domaines, pour l’artiste elle est source d’harmonie. La musique et la peinture abondent en exemples.
L’art est une manière d’arrêter le chaos et peu à peu, au fil des jours, des semaines et des mois, les pages se couvrirent de signes. Peu à peu le rythme, l’harmonie et la composition organisèrent l’espace. Chaque page devint un territoire autonome où les signes ont fini par donner un sens et un équilibre à l’ensemble de l’ouvrage. Maurice Denis l’avait bien dit : « Il convient de se rappeler qu’un tableau, avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées ».
Dans beaucoup d’ouvrages pour éviter l’aridité du texte, l’image explicite l’écrit et
rend la lecture moins rébarbative. Aussi insérât- il les feuilles du carnet dans deux cents autres feuilles qu’habillèrent des illustrations. Huit mois plus tard, Le Livre de Mémoire voyait le jour. La peinture, c’est la couleur du temps.
Des textes accompagnent les images. Peut-être Le Livre de Mémoire avait-il trouvé un traducteur ? Des acrostiches sûrement inspirés par une muse (son origine est dans le texte). Ils sont là plus pour illustrer l’image que l’inverse qui est vrai aussi. Bien sûr l’un traduit l’autre. Mais dans quel sens ?

Ce livre édité par Lelivredart est un travail atypique et spontané inspiré de l'art calligraphique mais qui va plutôt chercher du côté de l'art abstrait. Mon terrain favori. Chaque image est accompagnée d'un texte ou réciproquent.
Livre de 50 pages tiré d'un ouvrage de 200 pages format A3. Prix 30€, port compris.
Encre de chine, brou de noix, gouache, papier.
This book edited by Lelivredart is an unusual and spontaneous calligraphic work inspired by the art but will instead look towards abstract art. My favorite terrain. Each image is accompanied by a text or reciprocate.
Book of 50 pages from a book of 200 pages A3. Price € 30, including shipping.
Indian ink, walnut stain, gouache, paper.  Lire moins


Une belle image

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